Créer de la valeur à partir des déchets

 

Contenu du cycle de conférences

  • Métiers de la Logistique & Supply Chain : mieux valoriser aujourd’hui et devenir demain un maillon incontournable de l’Economie Circulaire

 

Conférencière

Delphine Dugas

Directrice associée chez HSE Optimisation, en charge des opérations

 

Prochaine conférence

Mardi 03 Septembre

13:00 - 13:45 Heure de Paris

 
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“Le meilleur déchet reste celui qui n’existe pas.

Tout le monde s’accorde à dire que l’entreprise de demain sera celle qui aura intégré la transition numérique à ses pratiques : mis des moyens pour collecter et traiter un nombre exponentiel de données, digitalisé ses process, connecté sa chaine de valeur, utilisé des technologies innovantes telles la blockchain, l’intelligence artificielle…etc.

 Au même titre, et sur le même plan, nous pensons que l’entreprise de demain sera celle qui aura intégré la problématique des Ressources à sa stratégie d’entreprise.

Le déchet est une ressource mal utilisée, une non-qualité ; comment améliorer ses pratiques pour s’inscrire dans un développement plus durable intégrant maîtrise des risques et performance globale ?

Créer de la valeur à partir du déchet : Les trois niveaux d’action

1.     EN AMONT, PENSER ECO-CONCEPTION…MAIS PAS QUE !

Comme sur de nombreux sujets, il est judicieux d’agir en amont plutôt qu’en aval.

En amont, il est possible d’agir sur les intrants c’est-à-dire tout ce qui entre dans le process (matières premières, produits semi-finis ou finis, fournitures, consommables…) :

  • Soit sur l’intrant en lui-même => On parle alors d’Eco-conception.

    L’Eco-conception consiste à intégrer systématiquement des aspects environnementaux dès la conception du produit avec pour objectif de réduire les impacts environnementaux tout au long du cycle de vie. Ce sujet ne sera pas abordé ici.

  •   Soit sur son emballage. A ce sujet, plusieurs pistes de réflexion peuvent être menées :

La première : puis-je supprimer l’emballage ?

En développant par exemple la livraison en vrac des matières premières.

Le meilleur déchet reste celui qui n’existe pas.

Si ce n’est pas possible, privilégier :

  • Les gros conditionnements : Puis-je recevoir en conditionnement supérieur ? En cuve plutôt qu’en bidon, en bidon plutôt qu’en flacon ?

  • La consigne : Puis-je mettre en place avec mon fournisseur un système de consigne ? Ce principe est par exemple utilisé pour les palettes Europe en logistique (j’en livre 10, j’en reprends 10).

  • Le réutilisable : Mes emballages jetables pourraient-ils être remplacés par des emballages réutilisables (par mon organisation ou par une organisation tierce) ? Exemple : je reçois ma matière en big-bags à usage unique, je pourrais demander à mon fournisseur de la livrer en big-bags réutilisables. Je payerais un peu plus cher ma matière emballée mais gagnerai en aval sur la revente des big-bags réutilisables.

  • Des emballages qui, une fois « déchet » seront plus facilement recyclables : Calage en papier recyclé plutôt qu’en polystyrène, renforts de palette bois en bois de classe A (bois brut) plutôt qu’en aggloméré (bois B, plus cher à traiter)…

Les clés :

Intégrer le coût déchet au prix d’achat de vos matières et produits : Le coût caché d’un emballage en polystyrène versus un emballage à base de papier est impressionnant ! Le polystyrène n’est pas facilement recyclable ni compactable et prend de la place. Il génère donc des coûts bien plus importants sur le transport et le traitement qu’un calage papier.

Associer vos fournisseurs ou imposer un cahier des charges « emballages » strict !

2. AU CŒUR DU PROCESS D’ENTREPRISE : OU L’ART ET LA MANIERE DE CONSERVER LE STATUT DE « MATIERE » A CE QUI S’APPARENTE SOUVENT DEJA A UN DECHET (EMBALLAGES, COPRODUITS, CHUTES DE PRODUCTION, INVENDUS, BOUES…)

Une cartographie précise des flux déchets est un préalable pour travailler efficacement sur les déchets générés dans le cœur d’activité de l’entreprise : à quel moment du process est produit tel déchet (quelle ligne de production, quelle alvéole, quel service, quel poste…), puis-je faire en sorte qu’il ne soit pas mélangé à un autre déchet afin de préserver sa qualité et donc sa valeur ?

Un principe simple :

-        2 matières mélangées = 1 déchet (ou 1 matière dégradée)

-        2 matières séparées = 2 matières ayant de la valeur

Les clés :

Cartographiez les flux déchets.

Appliquez les mêmes exigences pour vos produits intentionnels et non intentionnels (=> travaillez la qualité !)

3.   EN AVAL, UNE FOIS LE DECHET GENERE : DENSIFIER, STOCKER, IDENTIFIER LES FILIERES LOCALES ET LES « MOINS MAUVAIS » MODES DE TRAITEMENT (DONT LE RECYCLAGE FAIT PARTIE)

Avant de penser « traitement » du déchet, réfléchissez :

  1.  A sa densification : le transport est en général le 1er poste de dépense pour le déchet ! Identifiez les moyens techniques qui vous permettront de réduire les volumes transportés (compacter, presser, sécher, égoutter, déshydrater...)

  2. A son conditionnement : à quelles filières sont destinés mes déchets, à quel format ? En vrac, en balles, en big-bags… ? quels sont les volumes minimum pour traiter en direct ? etc.

  3. Aux filières qui seraient intéressées par vos matières : celles en place permettent-elles de valoriser vos « déchets » au meilleur de leur potentiel ? Quels acteurs permettraient de le faire à un meilleur niveau : industriels (alimentation animale, cosmétique, nutraceutique, éco-matériaux, biomasse…), associations : banques alimentaires, up-cycling, réparation…) ? L’épandage, le compostage et la méthanisation sont par exemple des filières à faible valeur ajoutée pour les déchets organiques / coproduits.

 Enfin, il s’agit d’identifier le « moins mauvais » mode de traitement :

  1. Recyclage : On redonne vie à la matière, certes – mais on transporte, on consomme souvent beaucoup d’eau, d’énergies pour recycler. D’autre part la matière recyclée doit également souvent être mélangée à de la matière vierge pour être utilisée, et ne modifie en rien le volume de déchets généré. Le recyclage fait partie des solutions, mais n’est pas LA solution.

  2. Le CSR (Combustible Solide de Récupération) : fabrication à partir de déchets ultimes, d’un combustible de substitution pour les cimenteries, par exemple. A privilégier à l’enfouissement et à l’incinération. Non soumis à TGAP.

  3.   L’incinération : attention : quand bien même elle intègre de la valorisation énergétique, une usine de traitement de déchet est avant tout construite pour éliminer du déchet, et non produire de l’énergie : les rendements sont donc bien plus faibles que des usines dont c’est la fonction primaire. L’incinération reste d’autre part polluante et demande de l’énergie (en France, le tri des emballages a fait baisser le PCI des matières incinérées et l’on est parfois obligé de rajouter du combustible pour faire bruler les déchets). Mener une politique Zéro enfouissement en la substituant par de l’incinération n’est pas une solution durable.

  4.    L’enfouissement : ultime mode de traitement, nous sommes en France champions de la mise en décharge (centre de stockage). La TGAP (Taxe Générale sur les Activités Polluantes), qui s’applique sur le traitement des DIB notamment, devrait fortement augmenter d’ici 2025 pour inciter les industriels à valoriser davantage (actuellement de 17 à 34€/tonne selon la performance de l’installation destinataire, elle devrait augmenter jusqu’à 65€/tonne en 2025). Les restrictions sur les volumes acceptés par ces installations depuis janvier 2019, et les hausses de tarifs qui en découlent vont également dans le sens d’un prix de traitement des DIB en forte hausse dès ce début d’année et dans les années à venir.

Les clés :

La recherche d’un mode de traitement/valorisation plus vertueux ne doit pas faire perdre de vu le poste transport, très impactant aussi bien en termes économique qu’environnemental.

Ce n’est pas parce qu’un déchet est déjà valorisé que l’on exploite tout son potentiel : mener une réflexion sur la qualité intrinsèque des matières.

Conclusion : L’avenir de vos déchets

Vos déchets sont avant tout des matières qui méritent d’être utilisées à bon escient, comme toute autre matière exploitée. Limiter le gaspillage de ces matières est la première piste (prévention du déchet).

Toutefois, on ne peut pas toujours supprimer le déchet : il faut alors se questionner sur son potentiel de réutilisation en l’état par d’autres acteurs : le statut de « matière » sera ainsi préservé.

Enfin, ne vous limitez pas au recyclage ou aux filières de traitement classiques ! L’économie circulaire regroupe des milliers d’acteurs potentiellement intéressés par vos matières : filières industrielles ou associatives, locales, nationales ou européennes. Menez également votre réflexion au niveau de votre territoire ; vos voisins ont peut-être des besoins similaires ou complémentaires aux vôtres ?

Valorisons nos Ressources !